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LE GRAND ORGUE DE LA CATHÉDRALE DE MOULINS
Joseph MERKLIN, 1880
42 jeux /3 claviers et pédalier


HISTORIQUE

L'ancienne collégiale du XVe siècle possédait un grand orgue aujourd'hui disparu. Elle fut érigée en cathédrale en 1823 lors de la création du diocèse de Moulins. Les travaux d'agrandissement de la nef, l'ajout des collatéraux et de la grande façade avec ses deux flèches furent réalisés de 1865 à 1876 par les architectes Jean-Baptiste Lassus puis Eugène Millet.
La nécessité d'installer un nouvel orgue proportionné aux nouvelles dimensions de l'édifice s'est donc fait sentir et c'est l'évêque d'alors, Pierre de Dreux-Brézé, qui a personnellement aidé à financer l'instrument, situé en tribune au dessus du porche.
Un premier devis daté de 1872 du célèbre facteur Aristide Cavaillé-Coll fut mis de côté au profit du projet de son principal concurrent Joseph Merklin sur un devis de 1875. D'origine allemande, Joseph Merklin s'est formé dans son pays d'origine avant d'installer ses ateliers à Lyon et Paris; il a rapidement souhaité être naturalisé français. La qualité de sa facture ne fait aucun doute et son entreprise est devenue rapidement prospère. L'orgue fut finalement commandé le 15 mai 1878 avec 42 jeux, trois claviers de 56 notes et un pédalier de 30 notes -contre 40 jeux et 27 notes seulement au pédalier dans son premier devis- pour la somme de 62 000 francs. Le buffet a été dessiné par l'architecte Eugène Millet.
L'instrument fut inauguré le 10 août 1880 par le célèbre Alexandre Guilmant -organiste de la Trinité à Paris, compositeur et concertiste international- avec le concours de Charles Duvois, titulaire, Leblond de Rouen et Fimbel de Moulins.

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Alexandre Guilmant (1837-1911)

Relevé en 1893 par Joseph Merklin, il fut à nouveau relevé en 1930 par la maison Michel-Merklin et Kuhn (M.M.K.); un concert d'inauguration des travaux fut donné le 14 décembre 1930 par Joseph Bonnet, compositeur et organiste de Saint Eustache à Paris. Après des travaux de soufflerie en 1967 par M.M.K., l'orgue fut à nouveau relevé de 1974 à 1976, toujours par l'entreprise M.M.K., puis inauguré au cours d'un concert par Marie Claire Alain.
L'orgue donnant des signes de fatigue, en 1992, une restauration menée par Valentin a permis à l'instrument de fonctionner à nouveau correctement mais ni sommiers ni mécanique ni soufflerie n'ont réellement étés restaurés. De nombreuses fuites perturbant le bon fonctionnement de l'instrument, la restauration de la soufflerie primaire fut décidée et réalisée en 2011 par le facteur Jean-Pascal Villard.
L'instrument est actuellement entretenu par Michel Jurine, considéré aujourd'hui comme le meilleur spécialiste de la facture Merklin. Ce dernier a réalisé la restauration des tuyaux de façade en juin 2017.


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COMPOSITION

1er clavier:
Grand Orgue 56 notes

Principal 16'
Bourdon 16'
Montre 8'
Bourdon 8'
Flûte harmonique 8'
Viole de gambe 8'
Prestant 4'
Doublette 2'

jeux de combinaison:
Fourniture IV 3'
Grand cornet V (au 3ème ut)
Bombarde 16'
Trompette 8'
Clairon 4'

2ème clavier:
Positif 56 notes

Principal 8'
Bourdon 8'
Salicional 8'
Flûte harmonique 4'
Quinte-flûte 2'2/3
Clochette 1'

jeux de combinaison:
Octavin 2'
Trompette 8'
Clarinette 8'

3ème clavier:
Récit expressif 56 notes

Bourdon 8'
Flûte harmonique 8'
Viole de gambe 8'
Voix céleste 8'
Flûte d'écho 4'
Fugara 4'
Flageolet 2'
Voix humaine 8'

jeux de combinaison:
Basson-hautbois 8'
Trompette harmonique 8'
Clairon harmonique 4'

Pédale 30 notes

Soubasse 32'
Contrebasse 16'
Soubasse 16'
Octav-basse 8'
Violoncelle 8'
Flûte 4'

jeux de combinaison:
Bombarde 16'
Trompette 8'
Clairon 4'

Tirasses GO, POS, REC.
Appel GO, POS/GO, REC/GO, REC/GO en 16'
Tutti anches, appels d’anches GO, POS, REC, PED.
Expression REC par bascule inerte au centre
Trémolo REC
Orage
Sonnette du souffleur

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Fait rarissime, l'orgue de la cathédrale de Moulins a traversé les siècles sans aucune transformation ni modification; il a échappé au courant néoclassique qui avait pour fâcheuse habitude d'électrifier la transmission et de remplacer certains jeux par d'autres plus au goût du jour. À la tribune, rien n'a changé depuis 1880!
En conséquence, avec ses quarante-deux jeux, cet orgue est considéré comme le plus authentique des grands instruments de Joseph Merklin. Il sert régulièrement de référence lors de restaurations d'instruments du même facteur -notamment les orgues du temple neuf de Strasbourg et de la cathédrale de Clermont-Ferrand-
Comme sur la plupart de ses grands instruments, Merklin a adopté un ingénieux système d'appel d'anches pneumatique: non seulement on enclenche chaque pédale sans effort mais un appel de
Tutti anches permet d'en actionner plusieurs à la fois et d'en présélectionner une partie. Un bonheur pour l'utilisateur...
De par la taille des tuyaux et les caractéristiques de certains jeux spécifiques, la facture de Joseph Merklin est à mi-chemin entre la facture allemande et le courant symphonique français; l'orgue sert aussi bien les deux répertoires et constitue de ce fait une alternative intéressante à l'esthétique de son concurrent Aristide Cavaillé-Coll.
Les organistes et amateurs d'orgue apprécient particulièrement l'homogénéité de l'harmonisation: les jeux se mélangent toujours à la perfection sans qu'aucun d'entre eux ne prédomine. L'harmonie est essentiellement basée sur la fondamentale, les registres aigus ne sont jamais agressifs. La qualité des jeux de
solo est exceptionnelle tandis que la noble puissance du grand choeur ne fatigue jamais l'auditeur.

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